Je dis non, et après ?

Billet du futur #19

Refuser le monde du travail traditionnel avant même de l’avoir testé.

Pour une fois, ce billet ne met pas en avant les initiatives d’entreprises ou d’individus, il s’agit d’une réflexion beaucoup plus personnelle sur le cheminement qui m’a amené jusqu’à cette thématique d’exploration des transformations du travail.

Difficile de dire “je n’aime pas” avant d’avoir goûté. 🍽️

C’est pourtant ce que j’ai fait avec le monde du travail traditionnel, celui de l’entreprise classique à laquelle nous sommes préparés en école de commerce. Je ne peux pas dire que j’en suis dégoûté puisque je n’ai pas fait le moindre stage et que je n’en ferai probablement jamais mais j’ai l’intuition que ce n’est pas fait pour moi. 

Ce n’est ni le travail, ni l’entreprise, ni le capitalisme que je rejette mais l’agrégation des trois sous sa forme la plus aliénante : celle de l’entreprise traditionnelle à la culture parfois même toxique, au management fondé sur le présentéisme et à la hiérarchie parfaitement verticale. C’est le travail dans un lieu fixe et aux horaires délimités et scrutés qui me repousse. Celui pour lequel il faut se lever tôt et se coucher triste afin d’effectuer le même trajet quotidien en attendant que la “vraie vie” commence : le week-end, les vacances, la retraite. 

Moi qui passe mon temps à parler de futur du travail, c’est bien la perspective de devoir attendre l’avenir pour profiter de la vie qui m’angoisse. 

Aujourd’hui je m’interroge sur les raisons qui m’ont poussé à refuser ce à quoi mes études me préparaient et sur la vision du travail que je souhaite porter.

Bonne lecture,
Sam

Un naturel rebelle

Si vous demandiez à mes parents comment j’étais petit, sans aucun doute ils vous répondront que m’éduquer n’a pas été des plus faciles. Mon père ne manque pas une occasion de rappeler avec bienveillance l’étymologie du verbe éduquer : du latin ex-ducere, littéralement conduire hors. Si la tâche est désormais accomplie, elle aura demandé investissement et énergie.

C’est sans surprise qu’une fois passé le test Process Com, plus tôt cette année, l’outil m’a révélé une personnalité rebelle.

Dans cette perpétuelle et inconsciente quête du contre-courant, de l’original et de l’absence de permission, j’ai toujours eu du mal à imaginer mon avenir. En revanche j’ai toujours rejeté l’idée d’une carrière sécurisante dans une entreprise m’offrant des perspectives de long terme. Ces organisations dans lesquelles on gravit les échelons années après années, on court après la promotion suivante et on troque sa liberté contre sa sécurité ne m’ont jamais attiré. 

La perspective de passer quelques années dans un grand cabinet de conseil, d’audit ou une grande entreprise simplement pour “mettre un nom sur mon CV” afin d’assurer mon employabilité future me paraît d’un autre temps. Pourtant c’est dans ces voies-là que s’engagent encore la plupart de mes camarades. Les titres annonçant des générations entières de millenials attirés par l’entrepreneuriat, le freelancing et autres prises de risque, rejetant le système traditionnel me paraissent très largement en décalage avec la réalité des aspirations des jeunes diplômés que je côtoie au quotidien.

Au fond de moi, une croyance m’anime : il doit bien y avoir un moyen de s’éclater dans son travail, de construire une sécurité sans y perdre sa liberté et dans le fond de “hacker le système”. 👼

Après l’inné vient l’acquis

Si l’inné doit avoir une part importante dans mon comportement, l’environnement dans lequel j’ai baigné a participé à me forger une vision optimiste du travail et le refus de l’entreprise traditionnelle.

J’ai la chance d’avoir deux parents qui aiment leurs métiers respectifs, s’ils ont toujours beaucoup travaillé, c’est par choix. Ils m’ont permis d’envisager le travail comme une activité positive, source de satisfaction si ce n’est de plaisir et qui n’est ni aliénante ni destructrice. 

Ils m’ont aussi donné le goût de la liberté, mon père est entrepreneur, ma mère est médecin généraliste, deux professions indépendantes qui ont certainement influencé mon attrait pour le freelancing. 

J’ai eu la chance de faire des études passionnantes (je fais référence à la prépa plus qu’à l’école), mais surtout ils m’ont encouragé, soutenu dans toutes mes décisions même déroutantes et c’est à mes yeux le plus important.
Je réalise cette chance lorsque je vois certains amis entrepreneurs dont les parents critiquent la moindre prise de risque et appellent à trouver un “vrai travail”. Il y a de quoi vous faire passer l’envie de monter une boite.

Au-delà du modèle parental, j’ai très tôt admiré plusieurs figures clés : écrivains, sportifs, youtubeurs et plus tard entrepreneurs. Leur point commun ? Tous étaient indépendants, considéraient leur “travail” comme un engagement de vie en ne dissociant pas l’individu du professionnel et semblaient profondément épanouis par leur activité.

Aujourd’hui ces référents ont évolué, ils sont beaucoup plus nombreux mais participent toujours à renforcer ma vision optimiste du travail.

C’est en se penchant sur le récit d’un youtubeur à succès, d’un serial entrepreneur ou d’une entreprise modèle que l’on se rend compte que cette vision du travail est accessible.

Il est déjà trop tard

23 ans c’est encore jeune pour renoncer à l’entreprise traditionnelle, qu’est-ce qui vous dit que dans quelques années vous ne me croiserez pas dans le métro de 7h30 direction la Défense ? Sans pouvoir prédire l’avenir, je suis à peu près certain que ça n’arrivera pas pour la simple et bonne raison que j’ai goûté au plaisir de la prise d’initiative bien trop tôt pour revenir en arrière.

En première année d’école de commerce j’ai cofondé ma première entreprise, une marque de streetwear ski-montagne : crowdfunding, relations avec les fournisseurs et les clients, création, shooting et promotion … Ma première expérience du monde de l’entreprise a été en tant qu’entrepreneur. Dans la foulée je me lance en freelance et je réalise une vingtaine de missions la première année avant de repartir dans une aventure entrepreneuriale avec Going Freelance.

Après avoir goûté à la liberté de pouvoir travailler depuis n’importe où, la liberté de pouvoir choisir ses outils, son temps de travail et ses clients, difficile de revenir en arrière ou alors la contrepartie devrait être immense pour accepter ces concessions. 

Peut-être qu’un jour je serai salarié, mais ce devrait être dans une entreprise qui me fait suffisamment confiance pour me laisser toutes ces libertés.

Une réflexion utopique ? De telles organisations existent déjà et je suis prêt à parier qu’elles seront de plus en plus nombreuses dans les prochaines années. Patagonia, Basecamp et autres “entreprises modèles” ne seront bientôt plus marginales mais deviendront la norme à mesure que la quête de sens dans son travail se fera de plus en plus pressante et que la guerre des talents s’intensifiera.

On dit non, et après ? 🤷

Refuser le monde du travail traditionnel c’est se fermer de nombreuses portes évidentes mais c’est s’ouvrir une infinité de chemins de traverse.
Je n’ai pas la moindre idée de ce que je ferai dans deux ans, peut-être un métier qui n’existe pas encore, peut-être serais-je embarqué dans une aventure entrepreneuriale, peut-être que je continuerai mes activités en freelance ou alors j’aurais rejoint une entreprise que j’admire beaucoup. Le champ des possibles est très large.

Je n’ai aujourd’hui pas de visibilité à plus de 12 mois et je ne cherche pas à en avoir. Pour l’instant je m’éclate dans ce que je fais, les journées sont variées, me permettent d’apprendre, de transmettre, de rencontrer …

Je me suis longtemps obstiné à réfléchir à mon “métier idéal”, aujourd'hui je cherche plutôt à comprendre les caractéristiques de mon activité professionnelle que je souhaite développer. Les éléments les plus importants sont l’absence de contrôle et la liberté de temps de travail. 

J’aime alterner entre des périodes très intenses et d’autres plus calmes en fonction de la motivation et des sujets du moment. Je sais aussi que j’ai besoin de prendre des risques maîtrisés, de continuer à être stimulé et à ressentir l’adrénaline régulièrement, en allant sur de nouveaux terrains et en rencontrant de nouvelles personnes. 

Je ne sais pas si ce sont les effets du confinement mais j’ai aussi des envies pressantes de voyage. Les prochaines années, je ne m’imagine pas lier mon activité à un lieu précis afin de pouvoir travailler depuis n’importe où. ✈️

Je n’ai jamais été un grand fan du travail en équipe, jusqu’à maintenant je préférais travailler seul. C’est certainement dû aux désastreuses expériences du travail en groupe en école de commerce : des projets mal gérés, des réunions sans fin pour enfoncer des portes ouvertes et une culture du présentéisme insoutenable.
De plus en plus cependant, j’ai envie de renouer avec le travail en équipe, je ne sais pas si cela prendra la forme d’une nouvelle aventure entrepreneuriale ou d’un engagement au sein d’un collectif mais je sais que dans les prochains mois je vais faire évoluer mon fonctionnement pour me rapprocher d’autres personnes.

Enfin, si jusqu’à mes 18 ans j’ai été très fainéant au point de rejeter toute forme de travail, aujourd’hui je n’arrive plus à faire la différence entre vie personnelle et vie professionnelle.
J’ai l’impression que mon travail n’en est pas un, pourtant je consacre une dizaine d’heures par jour à des activités professionnelles. 

A mes yeux, la réalisation de soi dans le travail démarre lorsque l’on n’attend plus la fin de la journée, la fin de la semaine ou la fin de l’année.

Aiguisez votre regard sur le sujet 👀

  • Le meilleur épisode à ce jour du podcast Tribu Indé : la discussion entre Alexis et Alexandre Dana. Alexandre est du genre à poser des questions qui font réfléchir, pas celles auxquelles on répond et on passe à autre chose, celles qui nous reviennent en tête plusieurs jours après. 🎙️

  • L’interview de Pieter Levels par Abadesi de Product Hunt. Pour le coup Pieter a vraiment refusé le modèle traditionnel et il s’en est plutôt bien sorti.

News 🔥

Encore deux semaines avant la levée du confinement, je quitterai la campagne lyonnaise où je suis avec ma famille pour rentrer à Grenoble profiter des derniers moments dans la ville. Les études étant terminées, je quitte la ville en juin. La transition de vie étudiante à vie pro s’est faite un peu brutalement, c’est loin d’être la fin d’année que j’imaginais. 🤓

  • Pour changer des articles, j’ai discuté en vidéo avec Fabien de Courrier Cadre. Nous avons parlé du travail après le confinement. “Ce sera l’occasion de rendre le management plus bienveillant.”

  • Je suis aussi passé en vidéo sur Welcome to the Jungle et j’ai répondu à une interview croisée avec Dominique Valentin pour la SBA.

  • DSK a publié un gigantesque article dans lequel il décrypte la crise que nous vivons. Si je ne suivais pas l’actualité en direct c’est de cette façon que j’aimerais que l’on me raconte cette période de notre histoire. En le lisant j’ai eu l’impression de me retrouver au beau milieu de mes cours d’éco en prépa.

  • Laetitia et Nicolas ont lancé un média sous le nom de Nouveau Départ. L’abonnement coûte 300€, environ 2-3% du prix d’une année dans mon école de commerce et je vous assure que j’ai appris bien plus en trois vidéos que dans la majorité de mes cours pendant ces 3 ans d’études. D’excellents articles et vidéos ont déjà été publiés sur l’éducation à la maison, la garde d’enfant, la sortie de crise ou encore la sphère domestique comme nouvelle frontière du travail. Ça démarre fort !

  • Alexis a rédigé un énorme article de référence dans lequel il partage son expérience en tant que créateur du podcast Tribu Indé. J’ai adoré sa transparence ! Je suis d’ailleurs passé dessus il y a quelques semaines vous pouvez réécouter l’épisode juste ici.

Documentaire 🎥

Le scénario était écrit bien avant la crise mais celle-ci rend notre réflexion plus actuelle que jamais. A la fois nous nous interrogeons sur le sens de notre travail et en même temps, le besoin d’intégrer les outils et les codes de demain se fait de plus en plus pressant. 

En attendant de pouvoir tourner, je suis en pleine sélection des partenaires et je peux vous dire qu’il va y avoir du beau monde, dans quelques semaines vous saurez tout.

De leur côté, la bande de chez KÖM attend la reprise en vous offrant la réalisation d’une vidéo. Oui vous avez bien lu ! Cliquez ici, Harold vous explique tout.


Et voilà ! C’est tout pour aujourd’hui. Et maintenant je compte sur vous, le futur du travail ça ne se construit pas tout seul ! 🤷‍♂️

  1. Dîtes moi ce que vous en avez pensé et écrivez-moi si vous connaissez des initiatives géniales, qui mériteraient d’être mises en avant.

  2. Aidez-moi à faire connaître le Billet du Futur : transférez-le à vos amis et partagez-le sur LinkedIn et sur Twitter. 📩

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