On travaille où ?

Billet du futur #21

Bonjour et bienvenue dans le billet du futur pour ceux qui nous rejoignent ! Vous avez été nombreux à vous abonner suite aux deux derniers billets et les taux de clics grimpent au plafond. 🤯 J’en déduis que le format vous plait ! De mon côté ces éditions plus longues et plus fouillées bimensuelles conviennent mieux à mon rythme actuel.

Ces derniers jours, plusieurs startups autour de moi ont rendu leurs bureaux et d’autres y réfléchissent sérieusement, s’apercevant qu’ils ne sont pas nécessaires au bon fonctionnement de l’organisation et représentent une charge importante en cette période d’incertitude. De l’autre côté de l’océan, les grandes entreprises tech américaines ont fait du télétravail la norme pour au moins plusieurs mois, voire pour toujours pour Twitter.

La crise, n’a fait qu’accélérer des tendances déjà en marche. Le groupe PSA comptait 2500 collaborateurs en télétravail en 2016, puis 18.000 en 2018 et aujourd’hui 80.000. L’entreprise vise un temps moyen passé au bureau d’une journée et demie par semaine, un fonctionnement qui sera très certainement la norme pour la plupart des organisations désormais et ce, pour un bon moment.

Aujourd’hui je me demande où nous allons travailler et je vous livre ma semaine idéale en termes de lieu de travail. 

La crise des bureaux avant la crise

J’ai eu la chance de n’avoir jamais travaillé à la Défense ou autre quartier d’affaire, je m’y suis rendu ponctuellement pour des rendez-vous. Alors que 84% des cadres franciliens souhaitaient déjà quitter Paris avant la crise, le bouleversement de nos habitudes de travail rend les bureaux dans les tours plus obsolètes que jamais.

Pourquoi continuerions-nous à passer une heure chaque jour dans les transports lorsque nous pouvons effectuer le même travail depuis le domicile ? Pourquoi se lever tôt pour attraper le RER direction la Défense lorsqu’à la maison le trajet de la chambre au bureau prend 10 secondes ?

Questions rhétoriques et provocatrices face à une situation insensée. 

Les prix de l’immobilier hallucinants ayant poussés les travailleurs à habiter toujours plus loin du centre ne les inciteront pas à revenir aux bureaux, même une fois que l’épidémie sera terminée. S’ils reviennent, ce sera de façon beaucoup plus ponctuelle, pour un motif précis mais certainement pas pour faire acte de présence. Leur retour se fera certainement progressivement, dans des bureaux transformés et dont les horaires d’ouverture auront été étalés. 

Par nature, une tour dans un quartier d’affaire devient obsolète avec la crise sanitaire et les mesures d’hygiène mises en place. Pour se rendre dans son bureau il est presque obligatoire de prendre l’ascenseur. Habituellement le matin les ascenseurs sont bondés et on se bouscule pour parvenir à son étage, désormais il faut faire la queue avec un mètre d’écart entre chaque personne. Vous vous imaginez après avoir fait 30 minutes de métro, attendre encore une vingtaine de minute en bas de votre tour avant de démarrer une réunion qui aurait pu être faite depuis chez vous ? 

Faudra-t-il aller jusqu’à installer des réservations de créneaux d’ascenseurs, de la même façon que l’on réservait une benne du téléphérique pour monter au sommet des Grands Montets à Chamonix ? 🚠

Par ailleurs les critiques pleuvaient déjà sur les bureaux avant la crise : au-delà d’être loin du domicile, ils étaient souvent mal occupés avec de grandes salles vides la moitié du temps. Les open spaces, réputés bruyants n’étaient pas le meilleur endroit pour se concentrer non plus, désormais ils devront être complètement adaptés. Il y avait urgence à repenser l’usage des bureaux, cette crise nous permet de reprendre à zéro.

Bureau as a service

Contrairement à ce que l’on a pu penser, le bureau ne légitime pas son existence par sa fonction utilitaire, encore moins par le fait qu’il permet de mettre en place un système de contrôle au sein de l’entreprise. A de rares exceptions seulement il est légitimé par des raisons de sécurité (on imagine mal la DGSE en full-remote).

Ce qui justifie en réalité l’existence du bureau, c’est sa fonction de cohésion sociale, c’est son aménagement et l’ambiance qui y règne qui représentent et rendent palpable la culture d’entreprise. Ce sont les collègues que l’on y croise et avec lesquelles on noue des échanges informels en dehors du strict cadre du travail qui rendent le bureau attractif.

C’est pour cet ensemble de raisons que le bureau doit continuer à exister et pas uniquement pour concentrer l’activité en un même lieu. Le confinement a prouvé, même aux plus réticents, que de nombreux outils nous permettaient de travailler (parfois beaucoup mieux) hors du bureau. 

La solution n’est pas de rendre ses bureaux et de tous passer en 100% télétravail. Ces derniers temps et à raison, des organisations comme Basecamp, Gitlab ou Buffer ont été érigées en exemples mais nous ne devons pas viser exactement le même objectif. Ces entreprises ont pensé la totalité de leur organisation autour du télétravail depuis le premier jour, c’est complètement différent que de devoir opérer une transition lorsque les salariés n’y sont pas habitués. 

Ce n’est pas non plus parce qu’une tâche peut être effectuée à distance qu’elle doit nécessairement l’être. Il est parfois bon de se sentir entouré, de faire des pauses entre collègues, de travailler dans une ambiance plus animée et en présentiel pour certaines tâches. 

La vraie force du télétravail est de laisser de la liberté dans les choix du travailleur, il ne doit pas être imposé. Le bon juste milieu est de laisser chaque employé décider s’il souhaite ou non se rendre au bureau et à quelle fréquence. En fonction des retours et des habitudes de chacun, vous pourrez alors décider de rendre tout ou une partie de vos bureaux et de réserver quelques postes de travail dans un espace de coworking dont les valeurs correspondent à votre entreprise.

Nous entrons dans l’ère des “bureaux as a service”, sans être forcément lié à un lieu en particulier, les entreprises vont réserver quelques jours, quelques demi-journées, quelques heures de temps à autres dans des espaces variés. Que ce soit pour une réunion ponctuelle, un séminaire, une session de travail de groupe, un rendez-vous avec un client ou un lancement … les bureaux deviendront une option !

En ce sens, des services comme Deskapad, Croissant, Office Riders, Bureaux à Partager, Wojo seront plus que jamais partenaires de notre quotidien de travail. 

L’ensemble des activités professionnelles relevant de la production et nécessitant une concentration maximale pourront être effectuée chez soi (Deep Work) au même titre que les réunions en petit comité. Le domicile n’ayant pas été envisagé comme un lieu de travail devra certainement être adapté. Peut-être faudra-t-il aménager certaines pièces en s’équipant d’une chaise confortable, d’un vrai bureau et d’une excellente connexion internet. Pour ceux ayant vécu avec des enfants durant le confinement, le potentiel du domicile comme lieu de travail n’a peut-être pas encore été dévoilé, la reprise de l’école permettra certainement de le faire advenir. 

Enfin, je crois beaucoup à l’émergence de nouveaux lieux de travail, qui n’étaient pas envisagés jusqu’à maintenant. Travailler chez des amis était réservé à une poignée de freelances ou aux fondateurs de startups qui n‘avaient d’autres choix que d’utiliser leur appartement comme siège d’entreprise. Je suis persuadé que les solutions comme Cowop vont se démocratiser pour faire du domicile un vrai lieu de travail et de rencontres.

Le lieu de travail agit sur le travail

Le premier changement induit par la généralisation du télétravail concerne le management et la relation d’un employé à un autre. Là où beaucoup d’entreprises avaient des règles strictes à propos des horaires, de l’utilisation des réseaux sociaux et d’une façon plus générale avaient un niveau élevé de contrôle sur leurs salariés, tout s’écroule. A distance, plus possible de relever les horaires d’arrivée et de départ de chacun, de jeter un oeil sur les écrans en passant sournoisement derrière les postes pour faire sa ronde. Je passe sur les entreprises qui utilisent des solutions de tracking de temps de travail et de screenshots pour tenter vainement de mettre la pression à distance. 

Au contraire, le télétravail nous fait entrer dans l’ère de la confiance en mettant fin au présentéisme. Désormais les compétences recherchées sont l’autonomie, la transparence et l’empathie qui permettent de structurer une activité à distance. Le télétravail généralisé nous offre des possibilités d’améliorations de la qualité de vie en assouplissant le cadre du temps de travail, en supprimant toutes les barrières liées au lieu de travail et en redonnant le pouvoir à chacun d’adapter son travail à sa vie et non plus l’inverse.

En conséquence et afin que les travailleurs puissent s’organiser depuis n’importe où, les informations doivent être facilement accessibles en ligne pour tous, cela nécessite une transparence absolue et une excellente organisation. Les entreprises ayant pris l’habitude d’une communication asynchrone et écrite ont un sérieux avantage sur ce sujet !

A mon sens, la clé dans un monde où les bureaux deviennent une option est de savoir bien découper son temps de travail en différentes plages horaires en fonction des activités. En fonction des interlocuteurs, des projets et des objectifs à atteindre je peux ensuite décider si j’ai besoin ou non de me déplacer et choisir le lieu adéquat.

Sans bureau, bye bye les limites géographiques liées au recrutement, vous pouvez faire appel à des profils situés n’importe où dans le pays, voire dans le monde, sans avoir à vous restreindre à un cercle de 50km autour du siège. 

Et pour les entreprises qui s’accrocheront aux bureaux … Bonne chance pour recruter ! DHH a parfaitement résumé la situation sur Twitter :

Enfin, les économies réalisées en rendant tout ou partie des bureaux que vous occupiez peuvent être réinvesties dans des temps forts pour les équipes et des compensations. Afin de maintenir la cohésion entre les salariés vous pouvez prendre en charge leur espace de coworking ou leurs consommations quotidiennes dans les cafés comme le fait Automattic. Vous pouvez aussi bien organiser plusieurs séminaires dans l’année pour rassembler tous les collaborateurs et des événements d’équipes beaucoup plus réguliers.

Dans un monde parfait, je travaille ...

Profondément fan du travail d’écriture de fiction du futur de Noémie, j’ai imaginé ma semaine de travail idéale.

Lundi matin, comme toutes les autres matinées, j’aime être chez moi. J’ai aménagé dans une partie de mon salon un coin bureau que je n’utilise que pour travailler. Pas de réveil, mon corps se lèvera quand il sera prêt. J’ai suffisamment été fatigué en prépa en entendant la radio se mettre en route à 7h pendant deux ans pour apprécier de me réveiller naturellement. Je consacre généralement une heure à la lecture puis c’est la production de contenu qui démarre. Le midi, si je n’ai pas de déjeuner de prévu j’aime bien être chez moi pour cuisiner.

Le lundi après-midi est souvent ponctué de rendez-vous téléphoniques et de visio, je ne me déplace pas.

Mardi après-midi et jeudi après-midi c’est session coworking, généralement avec des amis freelances. J’ai mes petites habitudes dans l’un d’entre eux mais j’aime bien bouger et en découvrir de nouveaux. Avec toutes les pistes cyclables créées dernièrement, on se déplace vite d’un bout à l’autre de la ville.

Je conserve généralement mon mercredi après-midi de libre pour me déplacer, soit chez des clients, des prospects, des partenaires …

Et le vendredi après-midi, je termine la semaine avec une session de travail dans l’appart d’un pote. On est quatre à avoir mis en place cette routine et l’on change de lieu chaque semaine, la prochaine fois c’est chez moi !

Si c’est l’hiver il y a de fortes chances pour qu’une de ces journées soit décalée au samedi et que je profite d’un jour en semaine pour aller skier, mais là, ça dépend des conditions météos.

Bon, c’était pas totalement de la fiction, j’ai déjà pris certaines de ces habitudes. 🤷‍♂️

Aiguisez votre regard sur le sujet 👀

  • Alexis et Valentin se sont demandés si nous allons tous finir en remote dans leur podcast Tuk Tuk.

  • Plutôt que de condamner l’open space, adaptons-le ! Camille Rabineau propose des pistes dans Nouveau Départ : Un open space peu dense, « structuré » où on utilise des éléments pour délimiter l’espace, où l’on crée des interiorités, remplira mieux les contraintes de distanciation sociale que des petits bureaux fermés partagés à quatre.

  • Facebook veut devenir l’entreprise la plus en avance sur le télétravail : “En 2020, il est plus facile de déplacer des octets que des atomes, donc je préfère que nos employés se téléportent par vidéo ou réalité virtuelle plutôt qu’ils soient coincés dans les embouteillages à polluer l’environnement” Mark Zukerberg

  • Des situations insensées dans les bureaux qui se répètent à distance. C’est tellement triste que c’en est presque drôle.

  • Quel maître de télétravail êtes vous ? Niveau 3 pour ma part !

News 🔥

Je suis toujours à Grenoble cette semaine, l’occasion de reprendre les sorties avec la rando.
J’ai pris du temps ces derniers jours pour faire le tri dans les outils que j’utilise au quotidien et me réorganiser, ça fait du bien !

  • La semaine dernière j’ai eu une discussion passionnante avec Miguel de Fontenay, CEO de Pathfinder. Ils accompagnent la plupart des grands groupes dans l’innovation et la transformation. Raphaele Leyendecker, COO a partagé dans Sifted trois raisons pour lesquelles les projets d’innovations sont mis de côté. 

  • L’année dernière je rencontrais Thomas à Paris pour l’interviewer dans le cadre de la learning expedition Going Freelance. Ce coup-ci notre discussion s’est déroulée à distance et a été enregistrée pour son podcast Young Wild & Freelance. C’était un très bon moment. Bonne écoute ! 🎤

  • J’ai beaucoup aimé l’article de Sirin Kale qui nous partage le monde bizarre du dropshipping à Bali. J’ai toujours été fan de la vente de produits plus que de services mais s’il n’y a pas d’histoire à raconter, de contexte à donner et de lien à tisser avec ses clients ça n’a plus de sens.

  • Et en parlant de sens, un très bon article de HBR France nous suggère de changer notre regard sur le travail. Je rejoins l’auteur sur l’importance du “crafting”.

  • Benjamin nous a partagé sa “stack organique”. Vous vous demandez ce que c’est ? Allez jeter un oeil à la dernière édition de Black Swans Collection.

Documentaire 🎥

La sélection des partenaires se termine cette semaine et je suis super heureux des entreprises qui s’engagent à mes côtés sur ce projet. Nous avons une chouette équipe que je vous présenterai dans les prochaines éditions. 💪
Une nouvelle étape peut démarrer : l’organisation des tournages !


Et voilà ! C’est tout pour aujourd’hui. Et maintenant je compte sur vous, le futur du travail ça ne se construit pas tout seul ! 🤷‍♂️

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