Un nouveau métier

Billet du futur #23

Hello ! 

Petit, j’étais abonné au magazine l’Etudiant et chaque semaine je découvrais un secteur à travers 5 métiers dont le journal présentait les qualités requises, les tâches quotidiennes et le salaire que l’on pouvait espérer. 

Aujourd’hui je vous propose de faire ce même travail avec un métier qui commence tout juste à exister, et qui devrait décoller dans les prochaines années, celui de Chief Freelance Officer (CFO).

Bonne lecture,
Sam

Nous avons plus que jamais besoin d’un CFO

L’entreprise a été conçue pour accueillir en très grande majorité des travailleurs sous le statut de salarié, or aujourd’hui le nombre d’indépendants augmente en flèche. Les effectifs des entreprises sont désormais composés d’une main d’oeuvre hybride dont font partie entre autres les salariés et les freelances. Le rôle du service des ressources humaines s’élargit et consiste désormais à accueillir les talents au sein de l’organisation quel que soit leur statut. 

Si les entreprises ont généralement du mal à travailler avec les freelances, c’est parce que les indépendants bousculent les structures établies, ils sont à cheval sur au moins trois départements bien distincts qui n’ont pas pour habitude de communiquer entre eux, surtout dans les organisations les plus grandes (achats, ressources humaines et équipes opérationnelles). Plus l’entreprise est cloisonnée plus le bouleversement est important.

Or, aucun de ces services n’est habilité à gérer les freelances et chacun se renvoie la balle au détriment de l’expérience des indépendants. 

S’il y a quelques années c’était le statut, l’ancienneté et souvent des décisions arbitraires qui guidaient l'exécution d’un projet, aujourd’hui ce sont les compétences qui priment. Nos amis américains parlent de Total Workforce Management.

Pour un projet donné, dans un premier temps le chef de projet va commencer par recruter dans le service concerné puis il fera appel aux talents de l’entreprise dans sa globalité, c’est ce que l’on appelle la mobilité interne.

On raconte souvent que 20% du temps des salariés de Google est alloué à développer leurs propres projets, c’est vrai s’ils en ont un, mais la majorité des Googlers ne sont pas intrapreneurs et profitent de ce temps-là pour aider un autre service à développer son produit. Si je travaille pour Google Chrome, je peux décider de prendre mon jeudi pour aller aider les équipes de YouTube ou de Waze. 

Une fois que le chef de projet a recruté au sein de son service et dans l’entreprise dans sa globalité, il se tourne ensuite vers un nouveau vivier de talent : les indépendants et les anciens salariés qui gravitent autour de l’entreprise et conservent un lien avec celle-ci. D’où l’importance d’avoir un Chief Freelance Officer qui entretient des liens avec cette communauté. S’il manque encore des compétences pour réaliser ce projet, ce n’est qu’à ce moment-là que l’entreprise va se tourner vers l’extérieur pour recruter.

Aujourd’hui, rares sont les entreprises qui emploient des Chief Freelance Officers, en revanche la plupart de celles qui ont mis en place une véritable stratégie pour intégrer les freelances dispose d’une personne qui en assume le rôle, elle n’en porte simplement pas le titre.

Le rôle du CFO est très large

Le rôle du CFO est extrêmement large et dépend à la fois du contexte et de la taille de l’entreprise. Néanmoins, nous pouvons lui attribuer 5 missions principales :

Fédérer en interne : Il s’agit pour le CFO de mettre à la même table les 3 services concernés pour créer des processus différenciés pour les freelances dans l’entreprise. Le premier rôle du CFO est la conduite du changement. Il faut être réaliste, nous ne nous passerons pas du service des achats, il vaut mieux essayer de différencier les processus en ayant une inscription au registre des fournisseurs plus simple et un paiement automatique à 10 jours grand maximum. De la même façon, il s’agit d’intégrer les RH à la réflexion pour qu’ils puissent accueillir les freelances aux différents temps forts de l’entreprise, qu’ils puissent en connaître la culture. Tout l’enjeu du CFO est de fédérer ces trois services pour aboutir à un consensus, une position commune concernant la politique d’accueil des travailleurs indépendants et améliorer les processus pour lesquelles le freelance représente un point de friction : l’onboarding, l’offboarding et la communication tout au long de la mission. 

Former : Une fois que des processus différenciés sont créés, il s’agit de former les chefs de projets en interne à la collaboration avec les freelances avec des conférences, des livres blancs, des articles, des témoignages de freelances, des études de cas d’autres entreprises s’étant adaptées, des exemples de projets menés avec des équipes hybrides. Avec de nouveaux processus et une formation adéquate, l’expérience freelance sera améliorée et surtout sera la même dans chaque service de l’entreprise.

Responsable du pool de talent : Le CFO est responsable de l’animation de la communauté de freelances qui gravite autour de l’entreprise, ceux qui sont actuellement en mission et ceux qui l’ont été et qui souhaitent conserver des liens. Dans le cadre d’une petite entreprise un groupe Facebook, LinkedIn ou un Slack peut suffire, dans le cadre d’une très grande entreprise, le recours à un Freelance Management System peut être judicieux. Création de contenus, événements et échanges réguliers sont autant de façons de maintenir le lien avec ces talents.

L’ange gardien : Le CFO est l’ange gardien des freelances durant leur passage dans l’entreprise. Le chef de projet gère les aspects relatifs aux livrables de la mission mais le CFO est là pour répondre à toutes les questions du freelance qui concernent les modalités de sa mission ou l’entreprise en générale. Cela permet d’éviter au freelance de solliciter les différents services et de devoir comprendre l'organigramme, il dispose d’un interlocuteur privilégié qui est en charge de son expérience tout au long de son passage dans l’entreprise. 

Une vitrine sur l’extérieur : Enfin, le rôle du CFO est de bien connaître les différents pools de talents externes : plateformes, cabinets de recrutement, communautés et les TJM en vigueur sur le marché. Cela lui permet d’assurer un support auprès des chefs de projets qui recrutent directement les freelances en leur donnant les bonnes indications.

Le CFO est la personne qui représente les freelances de l’entreprise auprès de l’extérieur.

Dès lors qu’une entreprise travaille avec plus d’une dizaine de freelances, le rôle du CFO devient essentiel tant il est à la fois stratégique et opérationnel ! Dans le cadre d’une grande entreprise, c’est tout un service dédié au freelance qui peut même être créé.

Et maintenant, on en trouve où des CFO ?

En startup, un ange gardien : Chez Deezer, c’était Guillaume qui assumait le rôle du CFO, il portait le titre de Tech Community Ambassador. Il aidait les chefs de projets à recruter puis était en contact direct avec les freelances s’ils avaient le moindre problème.

En grand groupe, un pilote de la transformation : Dans une grande banque canadienne visitée l’an dernier, c’est tout une branche du service RH qui s’est focalisée sur l’expérience freelance. Ils ont entrepris de développer leur propre Freelance Management System, de designer des processus d’accueil communs pour les freelances et de former les managers.

Chez IDEO, l’entreprise de design californienne, une personne du service RH recrutait tellement de freelances qu’elle a fini par ne faire plus que ça ! IDEO est habituée à fonctionner avec environ 80% de ses effectifs salariés et 20% de freelances.

Dans une autre dimension, un collectif a besoin d’un CFO pour l’animer, c’est ce que fait Pauline pour le Collectif Cosme. Au sein des plateformes, le Head Of Community assume certaines des fonctions du CFO.

Plus la structure est grande, plus les tâches du CFO sont stratégiques mais au sein d’un collectif ou d’une petite société il y a un vrai travail opérationnel.

Les entreprises travaillent déjà avec des freelances mais n’ont pas encore toutes pris conscience de l’importance de ces talents et pour agir en conséquence : leur créer une bonne expérience lors de leur passage et adopter une stratégie de collaboration à long terme. Il y a fort à parier que cela passera par la création d’une fonction transverse, reste à savoir si le terme de Chief Freelance Officer sera adopté.

Aiguisez votre regard sur le sujet 👀

Ce sujet de création d’une expérience freelance ou de collaboration à long terme avec les indépendants est celui pour lequel je suis le plus sollicité pour intervenir en entreprise. Si la thématique vous intéresse, écrivez-moi à sam@going-freelance.com, j’adorerais vous aider à avancer sur ce sujet !

News 🔥

Dernière semaine à Grenoble, je vais en profiter pour faire le tour des endroits que j’ai préféré durant ces 3 années avant de tourner la page sur la vie étudiante. Je m’installe à Lyon dès juillet. J’ai grandi dans la campagne lyonnaise et je n'ai été en ville que pour les deux années de ma prépa, pas le meilleur moment pour les sorties, j’ai hâte d’avoir plus de temps pour profiter de la ville.

  • Après notre thread sur le salaire en télétravail, j’ai rédigé une tribune pour Courrier Cadres dans laquelle j’expose ma vision sur le sujet. 

  • Deux potes de mon école ont lancé Let Me Think, un totem qui permet de passer son téléphone du mode normal au mode boulot. Si vous aussi vous avez du mal à rester concentré avec toutes les sollicitations mais que vous ne voulez pas enfermer votre téléphone dans une autre pièce pour autant, c’est l’alternative qu’il vous faut. Je teste le produit depuis quelques semaines et c’est génial, surtout en fin d’après-midi quand j’ai tendance à me laisser distraire. Ils sont en ce moment en pleine campagne Kickstarter !

  • J’ai aimé lire la chronique HBR France de Charles et Benjamin dans laquelle ils se demandent si le modèle AARRR (marketing produit) peut s’appliquer au service des RH.

  • Ce même Benjamin a deux excellentes newsletters et j’ai particulièrement apprécié la dernière édition de Plumes With Attitude. Benjamin interview Ludovic de Gromard, CEO de Chance, la startup qui allie coaching humain et technologie pour aider ses clients à trouver un travail qui fait sens pour eux. Ludovic revient sur la création de sa boite et il a un sacré storytelling à nous partager.


Et voilà ! C’est tout pour aujourd’hui. Et maintenant je compte sur vous, le futur du travail ça ne se construit pas tout seul ! 🤷‍♂️

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