Sortir de la Gig Economy

Billet du futur #8

La premiĂšre question que l’on me posait l’an dernier lors des diffĂ©rents entretiens de Going Freelance Ă©tait “What do you mean by freelancer ?” Chacun a sa propre dĂ©finition du terme et les freelances forment un groupe tellement hĂ©tĂ©rogĂšne qu’il est nĂ©cessaire de bien spĂ©cifier les populations dont on parle.

Ceci étant dit, vous trouverez dans ce billet une distinction plus poussée entre la Gig Economy et la Talent Economy et surtout des pistes pour aller de la premiÚre vers la seconde.

Bonne lecture,
Samuel

Le parrain du futur

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L’importance de distinguer deux Ă©conomies

  • “Ah tu es freelance 
 ? Mais tu es sĂ»r que ça va ? Tu ne cherches pas un vrai job

  • Non merci, je gagne 3 fois mieux ma vie qu’avant, je choisis mes clients et j’ai un agenda super flexible”

  • “Oh tu es freelance ? GĂ©nial, tu dois te sentir tellement libre, faire tout ce que tu veux tout le temps !

  • Pas tellement, c’est ce que je pensais au dĂ©part mais je n’arrive pas Ă  trouver des clients, trop de concurrence et des missions payĂ©es au lance-pierre 
”

Deux discours aux antipodes l’un de l’autre puisque le terme de freelance veut tout et rien dire Ă  la fois ! Pour certains c’est une vraie fiertĂ© de se prĂ©senter en tant que freelance, au-delĂ  du statut d’indĂ©pendant c’est un mouvement pour un travail plus libre.

Pour d’autres au contraire le terme de freelance est pĂ©joratif et renvoie Ă  une activitĂ© prĂ©caire. Bien que se considĂ©rant comme indĂ©pendants, ils Ă©vitent d’utiliser le terme de freelance qui a Ă©tĂ© galvaudĂ© par les confusions entre Gig et Talent Economy.

En avril dernier, j’écrivais dans Maddyness l’importance de faire la diffĂ©rence entre la Gig Economy et la Talent Economy. Evidemment il y a une importante zone grise entre ces deux “camps” mais grossir les traits permet de mieux distinguer ces deux pans de l’économie des travailleurs Ă  la demande. C’est aussi sur cette distinction que j’ai choisi d’ouvrir le rapport d’étude L’exploration du travail de demain, tant elle est essentielle.

La Gig Economy :

Il s’agit littĂ©ralement de l’économie des petits boulots, ces travailleurs n’ont pas fait le choix de leur situation, ils subissent le statut d’indĂ©pendant. Les freelances de la Gig Economy vendent leur temps, ils sont sans cesse en train de chercher le prochain gig, n’ont aucune visibilitĂ© sur l’avenir, car ils travaillent sur des missions trĂšs courtes et sont trĂšs facilement remplaçables tant ils sont nombreux. La concurrence est telle que les salaires sont tirĂ©s vers le bas et cette course au moins cher est une manne pour les entreprises qui n’hĂ©sitent pas Ă  l’exploiter. Ainsi, les revenus moyens des chauffeurs Uber ont diminuĂ© de 53 % sur les cinq derniĂšres annĂ©es alors mĂȘme que le nombre de chauffeurs a Ă©tĂ© multipliĂ© par cinq. La Gig Economy n’est pas rĂ©servĂ©e aux chauffeurs de VTC et bikers, elle peut concerner des graphistes, photographes, dĂ©veloppeurs, rĂ©dacteurs 
 Soit parce qu’ils n’ont pas suffisamment de compĂ©tences techniques soit parce qu’ils ne parviennent pas Ă  se mettre suffisamment en avant.

La Talent Economy :

Au contraire, les freelances de la Talent Economy ont fait le choix du statut d’indĂ©pendant. Sur ce marchĂ© la sĂ©lection ne se fait pas sur les prix, mais sur les compĂ©tences. Au-delĂ  du temps du freelance, le client achĂšte une expertise, une solution Ă  un problĂšme.

Les raccourcis qui entraĂźnent la confusion entre la Gig Economy et la Talent Economy sont problĂ©matiques pour les travailleurs des deux camps, car ils entraĂźnent de fausses interprĂ©tations des rĂŽles de chacun ne permettant pas de progrĂšs significatif. Les freelances qualifiĂ©s souffrent de la mauvaise rĂ©putation de leur statut indĂ©pendant. 

A New York, j’ai rencontrĂ© Ryan Waggoner, freelance depuis plus de douze ans, il a une situation trĂšs stable et depuis quelques annĂ©es se verse des salaires supĂ©rieurs Ă  250 000 $ par an. Il prĂ©fĂšre le titre de consultant indĂ©pendant au terme de freelance, qu’il juge connotĂ© nĂ©gativement. Une erreur de perception gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui est nĂ©faste car elle n’encourage pas les entreprises Ă  amĂ©liorer le traitement des freelances : paiement en retard, manque de considĂ©ration, dĂ©finition claire d’un brief ...

De l’autre cĂŽtĂ©, considĂ©rer un freelance de la Gig Economy comme un travailleur qui profite de sa libertĂ©, est son propre patron et s'Ă©panouit dans son indĂ©pendance c’est se voiler la face. C’est faux et cela ne permet pas d’obtenir des avancĂ©es en matiĂšre de protection et d’accompagnement. 

Il y a bien Ă©videmment un important rĂŽle Ă  jouer de la part nos institutions afin de remĂ©dier Ă  cette situation. Mais sans attendre que les lois soient votĂ©es, les entreprises peuvent prendre d’excellentes initiatives.

Le rîle de la formation 📚

La formation est une des caractĂ©ristiques communes Ă  tous les freelances Ă  succĂšs, ils ne cessent de se former. Elle apparaĂźt comme un excellent moyen pour sortir de la Gig Economy puisqu’elle permet de briser le cercle vicieux de “j'accepte n’importe quel job tant que c’est payĂ©â€ pour aller vers “j’ai des compĂ©tences reconnues, je vends mon expertise”.

Une super initiative nous vient de la start-up française OpenClassrooms, qui a obtenu une bourse d’un million de dollars de la part de Google pour former les travailleurs de la Gig Economy. ConcrĂštement, Ă  travers ce projet Level Up, OpenClassrooms a crĂ©Ă© des cours spĂ©cialement pour ces travailleurs et les leurs ont offerts gratuitement en les distribuant Ă  travers les plateformes sur lesquelles ils travaillent comme Uber, Deliveroo, Stuart, Malt et d’autres.

Loin d’ĂȘtre un coup de communication, ils sont 5000 Ă  s’ĂȘtre inscrit au projet et Ă  se former sur des compĂ©tences telles que le dĂ©veloppement web, le marketing digital, le community management 
 

Ils ont Ă©galement mis en place un programme de formation en alternance Ă  destination de ces travailleurs. Une promotion de 100 Ă©lĂšves a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©e pour suivre une formation diplĂŽmante reconnue par l’état. Ils sont accompagnĂ©s d’un coach pour trouver une entreprise au sein de laquelle faire leur alternance et trouver un premier emploi. Certains Ă©lĂšves envisagent de se lancer en freelance, de crĂ©er leur entreprise ou de dĂ©crocher un CDI grĂące Ă  leurs nouvelles compĂ©tences. 

Quelques pistes pour sortir de la Gig Economy

  • En entreprise, la reconnaissance des travailleurs et l’instauration d’un minimum : j’en parlais dans le cinquiĂšme billet du futur, le gĂ©ant Google a demandĂ© aux agences de staffing avec lesquelles il travaille de payer au moins 15 dollars de l’heure les travailleurs de la Gig Economy qu’ils emploient et qu’ils perçoivent des benefits (assurance santĂ©, remboursement d’une partie des frais de scolaritĂ©, congĂ©s parentaux, indemnitĂ©s journaliĂšres en cas d’arrĂȘt maladie.) Quinze dollars de l’heure, c’est encore peu pour vivre aux Etats-Unis, surtout dans la Silicon Valley. C’est loin d’ĂȘtre la panacĂ©e pour ces travailleurs, pourtant c’est dĂ©jĂ  un premier pas vers la reconnaissance de leur activitĂ©, parfois de leur prĂ©caritĂ© et un premier Ă©lĂ©ment de rĂ©ponse. 

  • La formation : La seule façon de briser le cercle vicieux de la concurrence par les prix est de prendre du temps pour se former, d’acquĂ©rir de nouvelles compĂ©tences, de se spĂ©cialiser et de communiquer sur ses savoir-faire. Plus difficile Ă  dire qu’à faire lorsque l’on est pris dans l’opĂ©rationnel du quotidien et que le besoin de trĂ©sorerie se fait sentir. Pourtant les ressources sont disponibles pour la plupart gratuitement sur internet et quelques heures par semaine suffisent Ă  se former afin de se dĂ©marquer par ses compĂ©tences et plus par son prix et enfin pouvoir penser Ă  long terme.

  • Apprendre de ses aĂźnĂ©s : en tant que freelance dĂ©butant, il est malheureusement trĂšs facile de tomber dans les piĂšges de l’indĂ©pendance et de se retrouver dans la Gig Economy sans le vouloir. Identifiez 5 freelances qui sont bien plus seniors que vous, bien occupĂ©s et envoyez-leur un message. Demandez-leur une heure pour discuter et obtenir un retour d’expĂ©rience, qu’ils vous partagent leurs conseils. Peut-ĂȘtre que l’un d’entre eux deviendra votre mentor et sinon vous aurez dĂ©jĂ  quelques pistes pour dĂ©velopper votre activitĂ©.

Ne pas jeter le bĂ©bĂ© avec l’eau du bain

Quand la Gig Economy est condamnĂ©e, trĂšs vite ce sont les plateformes qui sont ciblĂ©es. Ici aussi, il faut faire preuve de prudence car il en existe de toutes sortes. Certaines, trĂšs sĂ©lectives et se rĂ©clamant de la Talent Economy se retrouvent sous le feu des critiques, n’ayant pourtant pas de comportement abusif. Par ailleurs, d’autres sont hybrides : Upwork par exemple compte plus d’une dizaine de millions de freelances inscrits. Une grande partie d’entre eux gonflent les rangs de la Gig Economy, pour autant certains y Ă©chappent et gagnent trĂšs bien leur vie exclusivement sur la plateforme. 

Une de mes meilleures discussions de Going Freelance Ă©tait avec Dave Snyder, le spĂ©cialiste mondial du SEO sur eBay. Il s’est positionnĂ© sur une super niche et trouve la totalitĂ© de ses clients sur Upwork, son palmarĂšs est impressionnant puisque sur ses +160 missions, il a obtenu 5 Ă©toiles 🏆(la meilleure note possible) Ă  chacune d’entre elles.

De trĂšs bonnes pistes de rĂ©flexion concernant la protection des travailleurs des plateformes ont Ă©tĂ© formulĂ©es par l’étude de l’Institut Montaigne.

Aiguisez votre regard sur le sujet 👀

  • L’article des annonces prometteuses de Google en avril dernier.

  • Le rapport de l’institut Montaigne sur les travailleurs des plateformes, la meilleure ressource pour creuser les enjeux de protection des gig workers.

  • L’étude de Malt-Ouishare : “Alors que plus de 90 % d’entre eux ont fait le choix d’ĂȘtre freelance, 88 % des interrogĂ©s de l’étude pensent que leurs proches s’inquiĂštent pour eux.”

  • Le rapport d’étude : L’exploration du travail de demain. Il se concentre principalement sur le rĂŽle des freelances de la Talent Economy.

  • Le jeu mobile GIGCO : Je n’ai pas pour habitude de tĂ©lĂ©charger des jeux pour mobile mais le nom de celui-ci a attirĂ© mon attention. Vous incarnez un gig worker et tentez de rĂ©sister Ă  l’automatisation de votre job ! Bonne chance 🎼


Et voilĂ  ! C’est tout pour aujourd’hui. Et maintenant je compte sur vous, le futur du travail ça ne se construit pas tout seul ! đŸ€·â€â™‚ïž

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